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C’est décidé. Le méga-projet énergétique Desertec est définitivement enterré. «Révolu et dépassé par le temps», pour reprendre les mots du ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar, qui a déclaré que ce projet qui a fait couler beaucoup d’encre ne sera pas réalisé en Algérie. Cela sous entend-il que les concertations en cours avec la partie allemande en charge de l’initiative se sont révélées infructueuses ? En tout cas, un consensus ne semble pas s’être dégagé.

 La Sonelgaz avait, pour rappel, signé, en avril dernier, un mémorandum d’entente pour élaborer une vision commune de coopération prévoyant de lancer des projets de centrales solaires. Ce projet était qualifié, par certains, d’occasion en or pour booster la production d’électricité via l’énergie solaire et le potentiel exportable. D’un montant global d’investissement de plus de 400 milliards d’euros, ce projet avait pour objectif de couvrir jusqu’à 20% des besoins en électricité de l’Europe à partir du solaire, une source inépuisable dans le Sud algérien. Ce n’est pas la première fois que l’Algérie revoit sa copie quant à ce projet puisque en 2011, elle en avait renoncé avant de relancer les négociations en décembre 2019. Deux experts en énergies renouvelables, Kamal Aït-Cherif et Tawfik Hassni, ne semblent pas surpris et encore moins déçus. Pour l’un et l’autre, «c’est même un non-événement». Aït-Cherif était de ceux qui recommandaient de ne plus parler de Desertec et plaidaient pour l’introduction des hautes technologies. «Il faut s’appuyer sur des sociétés qui peuvent nous aider à faire un saut technologique pour développer les énergies renouvelables, compétitives et à moindre coût. Peu importe l’origine», explique-t-il, ajoutant que si Desertec peut assurer cet objectif, s’il gagne la bataille de la concurrence, c’est tant mieux. Il a cité l’exemple du Portugal et de la Norvège qui arrivent grâce à l’avancement technologique à produire des mégawats à moindre coût.
Tawfik Hassni estime, pour sa part, que l’abandon du Desertec ne constitue pas une «une grande nouveauté dans la mesure où nous l’avons remis en cause depuis longtemps et avons établi notre propre programme que nous défendons aujourd’hui». Selon l’expert, «il se pourrait que le gouvernement ait décidé de ne pas recourir à des financements externes pour lancer le programme national sachant que Desertec n’apporte pas de programme définis mais des moyens de financement». Et d’enchaîner sur la nécessité de trouver d’autres alternatives pour atteindre l’objectif des 22.000 mégawatts d’ici à 2030, dont 10.000 mW exploitables. Il y a lieu de dire que l’essentiel du programme national est maintenu. 
 Opter pour la démarche des petits projets de 1.000 mW prônée par le gouvernement est, selon lui, «un non-sens». «Il faudrait, par contre, renforcer la cadence pour pouvoir être au rendez-vous de 2030 d’autant plus que le programme de 1.000 mW ne suffit pas pour attirer les investissements et développer l’industrie qui va avec le solaire», explique notre interlocuteur. Pour lui, «le développement des énergies renouvelables reste la seule alternative qui permettra au pays pour réussir sa diversification économique». «Les énergies renouvelables constituent un atout pour développer le marché énergétique de demain et de se positionner sur les marchés mondiaux», dira-t-il. «L’Algérie devra tirer profit de son fort potentiel pour mieux se frayer un chemin vers le marché européen», soutient Hassni. Selon lui, c’est une carte forte que l’Algérie peut présenter lors des prochains rounds de négociations avec l’Union européenne. «Nous pouvons intégrer le marché européen sans contraintes. Nous avons les capacités de développer les ENR. Il suffit d’une volonté politique», conclut-il. 
 Wassila Ould Hamouda