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Lors d’une vidéo postée sur YouTube, le 8 mai dernier, l’universitaire Ahcene Tlilani à abordé le sujet des massacres du 8 mai 1945 et leur présence dans la littérature algérienne. Les massacres du 8 mai 1945, déclare Tlilani, sont considérés comme l’un des crimes de guerre les plus atroces dans l’histoire. Il affirme que «toutes les formes de littérature en ce temps n’ont pas pu décrire l’atrocité de ces tragiques événements, chose incompréhensible.

Même Mohamed Al Aid Al Khalifa, ou encore Moufdi Zakaria, n’ont pas écrit en temps voulu sur ces événements». A ce jour, dit-il, la littérature algérienne n’a pas encore donné à ces événements l’importance qu’ils méritent. Sur le vif, ajoute-t-il, seule une chanson populaire anonyme, «Hayou echamal», a pu immortaliser cette sombre page de l’histoire coloniale en Algérie». 

Cette chanson populaire, reprise en chœur par le peuple algérien était un hommage aux martyrs des massacres du 8 mai 1945, et c’est la première œuvre qui décrit et rapporte ce crime colonial, estime l’universitaire. En outre, Tlilani relève qu’à ce jour l’Algérie n’a pas produit de film sur ces terribles massacres et, dit-il, même le théâtre algérien n’a pas réellement mis sur pied une œuvre qui raconte cette page de notre histoire, en dehors de la pièce «Nedjma», adaptée du roman de Kateb Yacine. Sur le nombre des victimes, Tlilani se réfère à certains chiffres disant que ce crime qui a coûté la vie, selon Ferhat Abbas, à 60.000 personnes et selon l’association des Oulémas musulmans, ce chiffre varie ente 45.000 et 80.000 morts. Le consul américain en Algérie à estimé le nombre de victimes entre 40.000 et 45.000. L’universitaire aborde ensuite les auteurs qui ont écrit sur cette tragédie déclarant que parmi les premiers on retrouve Bachir Ibrahimi qui a publié un article en 1948 dans lequel il décrit cette macabre journée, mais aussi dans lequel il dénonce ce mutisme des hommes de lettres. Il y eut aussi, ajoute-t-il, le poète martyr Rabie Bouchama qui écrit «Tu t’es enlaidi parmi les mois/toi mai qui a choqué tant de nations. Ta maudite histoire est écrite de sang et de larme/ sur les pages éternelles de la douleur…». Dans ce poème, Bouchama évoque les promesses faites par la France coloniale au peuple algérien que non seulement elle n’a pas tenue, mais auxquelles elle a rétorqué par cette abominable répression. S’il y a un auteur qui a écrit à profusion sur les événements du 8 mai 1945, c’est bien Kateb Yacine, affirme Tlilani. Yacine, dit-il, a surnommé le 8 mai 1945 de «Tragédie muette» dans son œuvre «Le cadavre encerclé». C’est en rapport au silence des plumes, affirme Tlilani, que Yacine a qualifié de la sorte ces événements. Tlilani explique que si Kateb Yacine a écrit avec verve sur le 8 mai 1945, c’est parce qu’il l’a vécu et subi. Il a été arrêté et incarcéré durant deux mois. Il était porté comme mort pour sa famille et sa mère en a perdu la raison. Son nom était rayé de l’école car considéré comme rebelle.
Dans son célèbre roman, «Nedjma», Yacine décrit à son héroïne cette tragédie. Il lui raconte le mouvement de la foule et la répression de la police française. Selon le conférencier, Yacine aurait déclaré que le roman «Nedjma» est né en prison lors de son arrestation le 8 mai 1945. L’universitaire cite également une autre grande plume de la littérature algérienne, Malek Haddad, qui a, dit-il, consacré énormément d’œuvres au 8 mai 1945, dont «L’élève et la leçon», « La Dernière impression », «Le quai aux fleurs ne répond plus» ou encore «Je t’offrirai une gazelle». Des œuvres toutes inspirées des événements du 8 mai 1945, soutient Tlilani. En conclusion, Tlilani déclare que son intervention est un appel aux hommes de lettres, aux cinéastes et hommes de théâtre, à se pencher sur cette tragédie nationale et lui consacrer la place quelle mérite dans leur œuvres et travaux. C’est de cette manière, ajoute-t-il, que nous sauvegarderons notre mémoire et que nous immortaliserons ce moment inaliénable de notre glorieuse Révolution. Il estime également que la France doit reconnaître ce crime de guerre et que les victimes soient indemnisées.
 Hakim Metref